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Aufgaben und Ziele der EUF

Émissions polluantes des moquettes

Ca ne colle pas

La suite de nos investigations sur la pollution de l'air intérieur avec des analyses de moquettes. Elles sont aujourd'hui détrônées par le parquet. Faut-il les réhabiliter ?

Voilà déjà dix ans que la lutte contre la pollution de l'air intérieur est devenue une priorité pour Que Choisir. Deux habitations avaient fait l'objet d'analyses. Un appartement a priori pollué puisque la propriétaire tombait malade dès qu'elle y séjournait ; une maison en milieu rural qui semblait a contrario à l'abri des contaminations. Au retour des tests en laboratoire, ce fut le choc : si l'appartement était bel et bien contaminé par des substances très nocives pour la santé, la maison était elle aussi polluée. Aussitôt, Que Choisir lançait une démarche inédite en proposant des tests à ses lecteurs. Résultat, l'air intérieur de près de 900 habitations était passé au crible avec, au bout du compte, un état des lieux très préoccupant. Les substances chimiques contaminaient trois logements sur quatre. Une trentaine d'habitations étaient cependant indemnes de toute pollution, preuve que respirer un air chargé en substances chimiques n'a rien d'une fatalité. Ces domiciles à l'air sain se trouvaient aussi bien au coeur de Paris qu'à la campagne. Mais ils avaient quelques points communs. Si le ménage était fait régulièrement, personne n'y utilisait d'aérosols, de cires vaporisables ou de bombes de dépoussiérant. En outre, les fenêtres étaient ouvertes au moins une fois dans la journée, y compris l'hiver, et il n'y avait pas eu de travaux de décoration récents.

Un revêtement non émissif mais...

Depuis, des analyses d'émission sont incluses dans tous nos tests comparatifs de produits susceptibles de dégager des substances : peintures, nettoyants ménagers, désodorisants d'intérieur, vitrificateurs... Meubles et revêtements sont également analysés. Concernant les sols, tapis, parquets, rouleaux et dalles en PVC ont déjà été évalués. Il manquait donc les moquettes. C'est l'objet de ce nouveau test. Il prouve que la moquette elle-même ne relargue pas dans l'air ambiant. Elle n'est pas un matériau émissif mais peut le devenir. Elle contribue fortement à la pollution de l'air intérieur si on la colle mais aucunement si on la fixe avec des adhésifs double face. Dans le premier cas, les résultats de nos analyses sont majoritairement mauvais ou très mauvais. Les émanations de la colle passent à travers le support et les fibres, souvent de façon durable. Dans la seconde configuration, on a la garantie d'une absence de polluants dans l'air ambiant. C'est une bonne nouvelle dans la mesure où la plupart des revêtements de sols testés en 2006 ne se classaient pas aussi bien. Aucune pièce ne pouvait être réintégrée trois jours après la pose. Il fallait attendre, que l'on ait opté pour des dalles ou des rouleaux PVC, des parquets contrecollés ou des sols stratifiés. Certaines des références testées étaient correctes au bout d'un mois, d'autres restaient trop émissives. En revanche, les parquets massifs que l'on vitrifie ne contribuent pas à la pollution de l'air intérieur pour peu qu'on choisisse le bon vitrificateur. En 2007, notre meilleur choix en vitrificateurs était efficace et très peu émissif.

Réservoir de poussières et d'acariens

Alors, au vu de ces données, doit-on songer à mettre de la moquette chez soi ? Si on parle des seuls polluants chimiques oui, mais l'air intérieur, c'est aussi une affaire de poussières et d'acariens. Et là, la moquette est de loin le plus mauvais revêtement : elle stocke à la fois les acariens et la poussière. Pas grave, affirment les fabricants. Qui transforment même ces défauts en argument de vente. Puisque la moquette stocke, elle n'envoie pas de poussières dans l'air ambiant, contrairement aux revêtements lisses, qui n'absorbent rien et les laissent en suspension. Le discours fait sourire Martine Ott, conseillère médicale en environnement intérieur au pôle de pathologie thoracique, laboratoire d'allergologie du CHRU de Strasbourg. « La moquette retient les particules alors qu'un sol lisse et lavable en est débarrassé dès qu'on le nettoie, explique-t-elle. Quoi qu'on fasse, la moquette reste un réservoir de poussières qu'on ne peut pas nettoyer en profondeur, même avec un bon aspirateur. Son entretien n'est jamais aussi complet que celui d'un sol lavable. » Et Martine Ott de préciser : « Ainsi, 40 minutes d'aspiration ne réduisent le nombre d'acariens que de 20 %. Il y a quelques années, une étude a été réalisée sur 30 moquettes de chambres à coucher et 27 moquettes de bureaux. La contamination était faible dans les secondes mais élevée dans les premières, toujours supérieure au seuil de sensibilisation. On peut évidemment traiter les moquettes avec des acaricides, mais ces produits n'agissent souvent que sur les acariens alors que les allergènes inhalés par les occupants persistent. De plus, les poussières contiennent aussi d'autres allergènes comme les moisissures, les poils d'animaux, les pollens... qui peuvent générer des pathologies. Et pour que ces traitements soient efficaces, il faudrait les renouveler assez souvent mais ils peuvent déclencher des irritations chez les personnes sensibles. Les moquettes ont cependant un atout incontestable, c'est l'isolation phonique. »

On peut préférer les valeurs sûres

En résumé, si la moquette fixée à l'adhésif n'émet pas de polluants chimiques, elle est loin de constituer le revêtement de sol idéal. Pour éviter de stocker la poussière et nettoyer facilement, il faut donc un sol lisse. Certains revêtements en rouleaux et en dalles relarguent peu de polluants mais rien ne les signale en magasin. Le parquet traité avec un vitrificateur très peu émissif et le carrelage demeurent, par conséquent, les valeurs les plus sûres.

Test

Le choix du testeur

L'objectif était de déterminer et quantifier les éventuels polluants émis par des moquettes neuves posées avec de l'adhésif ou de la colle.

Le protocole

Les achats ont été effectués chez Saint-Maclou, Leroy Merlin, Mondial Moquette, Castorama et dans quelques magasins spécialistes de la peinture qui proposent des moquettes dans leur pôle décoration.

Le scénario. Nous voulions une moquette de couleur beige, confortable et de bonne qualité, pour un salon de 30 m2. Nous avons suivi les conseils du vendeur tant pour le choix de celle-ci que pour la colle et l'adhésif.

Les produits. Certaines moquettes sont en fibres polyamide, d'autres en laine, les envers en feutrine ou en tissé synthétique.

Les mesures. Nos moquettes ont toutes subi deux analyses : l'une après avoir été posées avec la colle, l'autre après avoir été installées avec l'adhésif double face. Chaque échantillon de moquette a été encollé ou fixé sur une plaque de verre ensuite introduite dans une chambre d'émission. Les conditions étaient les suivantes : température de 23 °C, taux d'humidité de 50 % et taux de renouvellement d'air de 0,5, ce qui revient à changer l'air de la pièce en deux heures. L'air de la chambre d'émission était aspiré à travers deux cartouches. L'une piégeait les composés organiques volatils (COV), l'autre les aldéhydes. L'opération a été effectuée après 3 jours puis au bout de 28 jours. Pour chaque moquette, l'évaluation repose en priorité sur les teneurs à 28 jours, car elles traduisent une contribution durable à la pollution de l'air intérieur.